L'avenir n'est qu'espoir

L'avenir n'est qu'espoir, l'avenir coule vers nous autour de nos espérances comme l'eau coule selon le chemin tracé dans la terre vers la mer.

Il s'agit
de savoir espérer

August 19, 2008 • Robin Matte 1 commentaire

Jouir et souffrir

Souffrir à deux, souffrir en double
Joie à deux, joie quatre fois
Souffrir seul, souffrir plus
Jouir seul, jouir un peu


August 19, 2008 • Robin MatteLaisser un commentaire

Nager

Devenir un meilleur homme

Ton coeur a craqué

L'Ourhomme - Une improbable histoire de chalet - 3

Épisode 3:

Hélène Turpin, la mère de l’enfant disparu, était hystérique. Elle n’avait pas eu de nouvelles de son mari depuis trois jours et elle avait décidé de prendre congé d’urgence, laissant de côté d’importants dossiers, et de monter au chalet, pour voir ce qui se tramait. Ni son mari ni son fils n’étaient présents. La voiture était toujours là, mais le quad avait disparu. Elle patienta quelques heures, puis succombant à l’inquiétude, elle se rendit au poste de police, blême comme une morte.

Nous retrouvâmes rapidement le quad, à plus d’une dizaine de kilomètres du chalet jaune. Un sommaire lit de branches de sapin avait été fait sous les conifères. Des traces nous indiquaient la direction que le petit Maxime avait du prendre. Après toute une journée de recherche dans la chaleur de l’été, appuyée par un hélicoptère et des quadricycles des corps policiers, le soir tomba et nous dûmes remettre au lendemain la poursuite de notre investigation.

C’est en repartant du chalet que par la fenêtre de ma voiture j’aperçus des trous dans les troncs d’arbres bordant le sentier. J’arrêtai le véhicule sèchement et sortit, m’éclairant d’une lampe de poche. Ces trous avaient été faits par des balles de fusil. J’interpellai mes collègues qui s’occupèrent de documenter cet indice, qui était à mon avis fort important. Ce fut toutefois l’avis contraire de mon supérieur, Harry Fracks. Il me demanda avec un malaise palpable d’ignorer cet élément, qu’il ne fallait pas fouiller trop loin, qu’il s’agissait d’une simple disparition et que nous allions de toute façon retrouver les disparus sous peu. J’étais loin d’en être convaincu. Nous scrutâmes intensément la forêt du mieux que nous le pûmes, mais après une semaine de vains efforts, notre supérieur décida d’abandonner les recherches, au grand dam de la pauvre mère. Je sentais toutefois que quelque chose de louche décorait l’arrière-plan de cette histoire, et j’en fis mon devoir d’aller jusqu’au bout.

Quelques semaines plus tard, j’étais seul au bureau à me tuer à faire du temps supplémentaire sous prétexte de remplir des paperasses superflues. En réalité, je voulais trouver le dossier Ourhomme que Franks gardait jalousement dans son bureau. J’y trouvai un document sur lequel la mention « top secret » était inscrite. Le document provenait de l’Agence de Sécurité Nationale. J’appris que l’agence avait loué à la CIA, dans les années 80, un bunker dont l’existence devait demeurer secrète encore à ce jour, bien qu’il eût été abandonné au début des années 90. On parlait vaguement d’incidents qui y étaient survenus et on y expliquait qu’il ne fallait pas que les corps policiers régionaux n’interfèrent avec les affaires de la CIA. Je compris alors que l’histoire de l’Ourhomme devait être plus malsaine, mais surtout plus réelle que je ne l’avais cru. Mon cœur se mit à battre plus rapidement lorsque j’appris, grâce à ce document, l’endroit exact du bunker…

Il y faisait diablement sombre et je dus m’éclairer avec ma lampe de poche. Je descendis un escalier qui mena dans une chambre souterraine. À part quelques papiers sans intérêt, une tasse à café brisée et un vieux micro-ondes inutilisable, rien n’attira mon attention. J’entendis soudainement quelque gémissement étrange qui ne m’inspira rien de bien sain. Je repérai une porte qui donnait sur un corridor. Je suivis le couloir et je débouchai finalement à l’intérieur d’une caverne. Un cri se fit entendre. « Aidez-moi! Help ! » En éclairant, j’aperçus à ma grande horreur que trois prisonniers étaient attachés au mur de la caverne avec des chaînes. L’un d’eux était une femme à qui lui manquait ses deux pieds et qui gémissait de façon incompréhensible. L’autre était un enfant d’environ dix ans qui fixait une stalagmite. Le troisième était un homme habillé proprement, quoique maculé de sang. « Karl Pitts, de la CIA. Sortez-moi d’ici ! Maintenant, avant qu’il n’arrive ! »

Tout à coup un hurlement horrible envahit la caverne. Je me retournai et j’éclairai devant moi un monstre qui évoqua en moi un sentiment d’épouvante que je n’avais jamais ressenti auparavant. C’était l’Ourhomme. Je reculai de quelques pas, conquis par la peur, et je dégainai mon arme. Le monstre avança lentement dans ma direction en montrant ses longues dents. « Vous ne le tuerez pas avec vos huit balles » m’avertit Karl Pitts. L’Ourhomme rugit et je sentis sa putride haleine. Ma lampe de poche semblait l’aveugler quelque peu, mais il me fixait de son regard qui, étrangement, me faisait croire qu’une intelligence particulière l’habitait. « Arrête, Ourhomme ! Nous ne te voulons aucun mal ! » Il se lança sur moi. Je tirai deux coups. Il stoppa et rugit encore plus fort. Son haleine faillit me faire évanouir. Il poursuivit sa course vers moi. Je tirai cinq autres balles. Arrivé juste devant moi, il se dressa sur ses pattes postérieures, blessé, mais se faisant, s’enfonça une stalagmite à travers le crâne. Il s’effondra sur le sol, à mes pieds.

Dès que je libérai Karl Pitts, il s’empara de mon arme dans un magistral geste d’aïkido. « Désolé pour la scène, mais je dois disparaître. » Et ainsi froidement, il se fit éclater la tête avec la balle qui restait. Je poussai un cri de consternation, alors que l’enfant et la femme pleuraient. Après un tel fiasco, la CIA aurait de toute façon éliminé le responsable. Il avait préféré régler cela tout de suite, comme ça : POW ! Dur métier.

Anne Moreau fut placée dans un hôpital psychiatrique. Elle avait perdu la raison après avoir été tenue captive pendant neuf ans par l’Ourhomme, les pieds dévorés. Le monstre avait tenté de procréer avec elle, mais la génétique avait bien fait les choses et les fœtus furent retrouvés dans de petites tombes qu’avaient érigées l’Ourhomme, ce qui me confirma cette lueur d’intelligence que j’avais perçue dans son regard.

Quant au petit Maxime, je lui avais sans doute sauvé la vie. Son père ne fut jamais retrouvé mais sa mère, Hélène Turpin, me fut si reconnaissante qu’elle me fit don du chalet jaune. Je repeignis le chalet en rouge. Un rouge pétant. J’avais toujours rêvé d’un petit coin pour la pêche. Grâce à l’Ourhomme, mon rêve se réalisait. C’est ainsi que l’été devint ma saison préférée.