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    <title>Robin Matte: là où le loup lâche sa vesse</title>
    <link>http://robinmatte.com/</link>
    <description>Le blog de Robin Matte</description>
    <language>en-us</language>           
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    <copyright>Â©</copyright>             
    <category>Weblog</category>
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      <title>Robin Matte: là où le loup lâche sa vesse</title>
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    <item>
 <title>L&apos;avenir n&apos;est qu&apos;espoir</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=69</link>
<description><![CDATA[L'avenir n'est qu'espoir, l'avenir coule vers nous autour de nos espérances comme l'eau coule selon le chemin tracé dans la terre vers la mer.<br />
<br />
Il s'agit<br />
de savoir espérer<br />
]]></description>
 <category>Éclairs</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=69</comments>
 <pubDate>Tue, 19 Aug 2008 14:27:09 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>Jouir et souffrir</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=68</link>
<description><![CDATA[Souffrir à deux, souffrir en double<br />
Joie à deux, joie quatre fois<br />
Souffrir seul, souffrir plus<br />
Jouir seul, jouir un peu<br />
<br />
]]></description>
 <category>General</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=68</comments>
 <pubDate>Tue, 19 Aug 2008 13:57:48 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>Nager</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=67</link>
<description><![CDATA[Il est midi au dessus de l'océan<br />
Ne pas se noyer, nager, nager<br />
Car au zénith, le soleil ne regarde pas en bas<br />
C'est la nuit qu'il faut mourir<br />
<br />
<a href="http://robinmatte.com/media/1/20080809-23459954.jpg">Nager</a>]]></description>
 <category>Poésie</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=67</comments>
 <pubDate>Sat, 9 Aug 2008 19:56:09 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>Devenir un meilleur homme</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=66</link>
<description><![CDATA[Aimer plus. Donner plus.<br />
<br />
<a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Ram_Dass"><a href="http://robinmatte.com/media/1/20080801-RamDass.jpg">Ram Dass</a></a>]]></description>
 <category>Éclairs</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=66</comments>
 <pubDate>Sat, 2 Aug 2008 00:00:02 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>Ton coeur a craqué</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=65</link>
<description><![CDATA[J’ai entendu craquer ton cœur<br />
Il y avait au plafond des miettes de silence<br />
Tu m’as dit : « Mais je t’aime »<br />
Je détestais le doute ainsi vidé entre tes dents<br />
J’ai bouché de ma fuite le volcan de mes rages<br />
Je ne voulais que dire : « Regarde le soleil »<br />
]]></description>
 <category>Poésie</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=65</comments>
 <pubDate>Tue, 29 Jul 2008 15:56:22 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>L&apos;Ourhomme - Une improbable histoire de chalet - 3</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=64</link>
<description><![CDATA[Épisode 3:<br />
<br />
Hélène Turpin, la mère de l’enfant disparu, était hystérique. Elle n’avait pas eu de nouvelles de son mari depuis trois jours et elle avait décidé de prendre congé d’urgence, laissant de côté d’importants dossiers, et de monter au chalet, pour voir ce qui se tramait. Ni son mari ni son fils n’étaient présents. La voiture était toujours là, mais le quad avait disparu. Elle patienta quelques heures, puis succombant à l’inquiétude, elle se rendit au poste de police, blême comme une morte.<br />
<br />
Nous retrouvâmes rapidement le quad, à plus d’une dizaine de kilomètres du chalet jaune. Un sommaire lit de branches de sapin avait été fait sous les conifères. Des traces nous indiquaient la direction que le petit Maxime avait du prendre. Après toute une journée de recherche dans la chaleur de l’été, appuyée par un hélicoptère et des quadricycles des corps policiers, le soir tomba et nous dûmes remettre au lendemain la poursuite de notre investigation.<br />
<br />
C’est en repartant du chalet que par la fenêtre de ma voiture j’aperçus des trous dans les troncs d’arbres bordant le sentier. J’arrêtai le véhicule sèchement et sortit, m’éclairant d’une lampe de poche. Ces trous avaient été faits par des balles de fusil. J’interpellai mes collègues qui s’occupèrent de documenter cet indice, qui était à mon avis fort important. Ce fut toutefois l’avis contraire de mon supérieur, Harry Fracks. Il me demanda avec un malaise palpable d’ignorer cet élément, qu’il ne fallait pas fouiller trop loin, qu’il s’agissait d’une simple disparition et que nous allions de toute façon retrouver les disparus sous peu. J’étais loin d’en être convaincu. Nous scrutâmes intensément la forêt du mieux que nous le pûmes, mais après une semaine de vains efforts, notre supérieur décida d’abandonner les recherches, au grand dam de la pauvre mère. Je sentais toutefois que quelque chose de louche décorait l’arrière-plan de cette histoire, et j’en fis mon devoir d’aller jusqu’au bout.<br />
<br />
Quelques semaines plus tard, j’étais seul au bureau à me tuer à faire du temps supplémentaire sous prétexte de remplir des paperasses superflues. En réalité, je voulais trouver le dossier Ourhomme que Franks gardait jalousement dans son bureau. J’y trouvai un document sur lequel la mention « top secret » était inscrite. Le document provenait de l’Agence de Sécurité Nationale. J’appris que l’agence avait loué à la CIA, dans les années 80, un bunker dont l’existence devait demeurer secrète encore à ce jour, bien qu’il eût été abandonné au début des années 90. On parlait vaguement d’incidents qui y étaient survenus et on y expliquait qu’il ne fallait pas que les corps policiers régionaux n’interfèrent avec les affaires de la CIA. Je compris alors que l’histoire de l’Ourhomme devait être plus malsaine, mais surtout plus réelle que je ne l’avais cru. Mon cœur se mit à battre plus rapidement lorsque j’appris, grâce à ce document, l’endroit exact du bunker…<br />
<br />
Il y faisait diablement sombre et je dus m’éclairer avec ma lampe de poche. Je descendis un escalier qui mena dans une chambre souterraine. À part quelques papiers sans intérêt, une tasse à café brisée et un vieux micro-ondes inutilisable, rien n’attira mon attention. J’entendis soudainement quelque gémissement étrange qui ne m’inspira rien de bien sain. Je repérai une porte qui donnait sur un corridor. Je suivis le couloir et je débouchai finalement à l’intérieur d’une caverne. Un cri se fit entendre. « Aidez-moi! Help ! » En éclairant, j’aperçus à ma grande horreur que trois prisonniers étaient attachés au mur de la caverne avec des chaînes. L’un d’eux était une femme à qui lui manquait ses deux pieds et qui gémissait de façon incompréhensible. L’autre était un enfant d’environ dix ans qui fixait une stalagmite. Le troisième était un homme habillé proprement, quoique maculé de sang. « Karl Pitts, de la CIA. Sortez-moi d’ici ! Maintenant, avant qu’il n’arrive ! »<br />
<br />
Tout à coup un hurlement horrible envahit la caverne. Je me retournai et j’éclairai devant moi un monstre qui évoqua en moi un sentiment d’épouvante que je n’avais jamais ressenti auparavant. C’était l’Ourhomme. Je reculai de quelques pas, conquis par la peur, et je dégainai mon arme. Le monstre avança lentement dans ma direction en montrant ses longues dents. « Vous ne le tuerez pas avec vos huit balles » m’avertit Karl Pitts. L’Ourhomme rugit et je sentis sa putride haleine. Ma lampe de poche semblait l’aveugler quelque peu, mais il me fixait de son regard qui, étrangement, me faisait croire qu’une intelligence particulière l’habitait. « Arrête, Ourhomme ! Nous ne te voulons aucun mal ! » Il se lança sur moi. Je tirai deux coups. Il stoppa et rugit encore plus fort. Son haleine faillit me faire évanouir. Il poursuivit sa course vers moi. Je tirai cinq autres balles. Arrivé juste devant moi, il se dressa sur ses pattes postérieures, blessé, mais se faisant, s’enfonça une stalagmite à travers le crâne. Il s’effondra sur le sol, à mes pieds.<br />
<br />
Dès que je libérai Karl Pitts, il s’empara de mon arme dans un magistral geste d’aïkido. « Désolé pour la scène, mais je dois disparaître. » Et ainsi froidement, il se fit éclater la tête avec la balle qui restait. Je poussai un cri de consternation, alors que l’enfant et la femme pleuraient. Après un tel fiasco, la CIA aurait de toute façon éliminé le responsable. Il avait préféré régler cela tout de suite, comme ça : POW ! Dur métier.<br />
<br />
Anne Moreau fut placée dans un hôpital psychiatrique. Elle avait perdu la raison après avoir été tenue captive pendant neuf ans par l’Ourhomme, les pieds dévorés. Le monstre avait tenté de procréer avec elle, mais la génétique avait bien fait les choses et les fœtus furent retrouvés dans de petites tombes qu’avaient érigées l’Ourhomme, ce qui me confirma cette lueur d’intelligence que j’avais perçue dans son regard.<br />
<br />
Quant au petit Maxime, je lui avais sans doute sauvé la vie. Son père ne fut jamais retrouvé mais sa mère, Hélène Turpin, me fut si reconnaissante qu’elle me fit don du chalet jaune. Je repeignis le chalet en rouge. Un rouge pétant. J’avais toujours rêvé d’un petit coin pour la pêche. Grâce à l’Ourhomme, mon rêve se réalisait. C’est ainsi que l’été devint ma saison préférée.]]></description>
 <category>Textes</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=64</comments>
 <pubDate>Mon, 21 Jul 2008 18:46:12 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>L&apos;Ourhomme - Une improbable histoire de chalet - 2</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=63</link>
<description><![CDATA[<b>Épisode 2 :</b><br />
<br />
Je regardai par la moustiquaire de ma fenêtre, où se mourait une mouche, afin de pouvoir contempler l’hélicoptère. Le pilote demeura à bord de l’hélicoptère alors qu’un autre homme, l’air sérieux, en ressortit et se présenta à mon père. Je les entendis s’échanger quelques paroles et ils entrèrent dans le chalet pour y discuter. Moi, j’étais hypnotisé par le gigantisme de cet appareil descendu du ciel pour se poser sur le lac, comme une mouche géante sur une fenêtre molle. Je me demandai si j’avais les moyens de piloter un tel appareil. <br />
<br />
Un bruit de verre brisé m’alerta. Les adultes cessèrent de converser. <br />
<br />
« Maxime! Sauve-toi! »<br />
<br />
Aussitôt, j’entendis un coup de feu, et le bruit du corps de mon père s’effondrant au sol. <br />
<br />
« Maxime , dit l’autre voix, il ne sert à rien de courir. Tu ne cours aucun danger. Viens ici s’il-te-plait! »<br />
<br />
« Un instant, monsieur, j’arrive. Je dois m’habiller. » répondis-je, feignant théâtralement une candeur enfantine.<br />
<br />
Je ressentais un danger aussi grand que celui du soir précédent. Propulsé par la force de ma frayeur, je défonçai la moustiquaire et couru de toutes mes forces vers le quad, à quelques dizaines de mètres du chalet. Je le démarrai et aperçut Karl Pitts sortir du chalet, rouge comme un cardinal, pointant en ma direction un pistolet. Son tir fit remonter la poussière du chemin, un mètre à ma droite. <br />
<br />
J’avais conduit le quadricycle avant, mais je n’étais pas très habile. Je réussis néanmoins à conduire en vitesse jusqu’à l’entrée du sentier, qui n’était pas loin. L’assassin vida son chargeur, mais ne réussit qu’à atteindre les arbres qui bordaient le sentier, jurant par tous les saints. J’appuyai sur l’accélérateur et je réussis ainsi à m’échapper d’une seconde mort en deux jours.<br />
<br />
Malgré mon jeune âge - je n’avais qu’environ dix ans - je comprenais que quelque chose d’excessivement étrange m’arrivait. Je comprenais aussi que mon père venait de mourir, sans toutefois être capable de donner un sens à tout cela, bien que j’eusse en mon esprit la certitude que ces assassins en avaient plus contre moi que contre le monstre. C’est dans le silence de la forêt et dans une tempête intérieure de confusion que je laissai couler mes larmes. Je souhaitais la présence de ma mère.  J’entendis soudainement le son de l’hélicoptère qui scrutait sans doute la forêt, de haut, dans le but de repérer le quadricycle. Sa couleur verte aidait ma cause, mais je serais vraisemblablement repéré si je ne faisais aucune tentative de dissimulation.  Je demeurai sous la voûte que formaient d’épais conifères et j’attendis que le bruit s’éloigne avant de scruter le ciel à nouveau. J’avais le sang-froid d’un vétéran de guerre, d’une lucidité surprenante qui ne manquait pas de dérouter la plupart des adultes. Mais dans cette forêt, seul, après tout ce qui s’était passé, je sentais s’amenuiser mon courage, s’anéantir peu à peu mes défenses et me sentais sombrer de plus en plus rapidement dans la panique et la terreur.  D’autant plus qu’était frais à ma mémoire,  le souvenir du monstre dont cette forêt était le territoire de chasse.<br />
<br />
Il n’y avait dans le ciel que le souvenir du soleil. Le panorama sonore se transformait rapidement. Je n’osais démarrer le quad, ni revenir à la maison. J’avais faim et soif, je me sentais sale, fatigué, triste, effrayé et désespéré.  L’idée de passer la nuit dans cette sinistre forêt faisait écho à mes traumatisants cauchemars d’enfance.  Je décidai cependant de laisser de côté ma peur. Je me préparai un lit primitif, fait de branches de sapin et de fougères et je tentai de fermer l’œil.  Les volées d’oiseaux nocturnes, les bosquets qui s’agitaient, les insectes et les ombres menaçantes m’empêchèrent de trouver quelque forme de repos que ce soit. Toute la nuit, je me tins alerte à la manière d’un gardien zélé à qui ont aurait annoncé un vol imminent. Lorsque les lueurs du matin apparurent, mon soulagement fut indescriptible. Malgré que le ciel fût presque entièrement recouvert de nuages, cette lumière était le plus beau cadeau que j’eusse reçu. <br />
<br />
Je me résolus à reprendre contact avec la civilisation. Me déplacer avec le quad était risqué, mais rester sur place l’était tout autant. Tôt ou tard, l’assassin de mon père suivrait mes traces. Je devais sortir de ce bois par un autre endroit que le sentier du chalet, bien que je ne connusse point d’autre voie. Il devait y avoir un moyen d’atteindre le village par le bois. Pour cela, je devais abandonner le quad et m’aventurer à pied, par-delà la montagne. Je tentai une ruse en enfonçant mes pieds dans la boue du sentier, direction nord. Mais c’est à l’est, par l’épaisse forêt, que j’entrepris ma marche, après avoir jeté un dernier coup d’œil hésitant vers le quad.<br />
<br />
Il ne devait pas être plus tard que sept heures lorsque j’entendis à nouveau l’hélicoptère sillonner les cieux. Il me fut aisé de me mettre hors de vue, utilisant encore de la fougère pour cacher mon chétif petits corps. Je ne pus retenir un petit cri de victoire en voyant s’éloigner la mouche géante. Je regrettai cet excès lorsque j’obtins une réponse inattendue sous forme de grognement. <br />
<br />
Je reconnus aussitôt le son. C’était l’Ourhomme et il n’était pas loin, à quelques centaines de mètres tout au plus. Je ne sus comment réagit. Devais-je courir, devais-je rester? Je décidai pour l’instant de rester sur place et de reprendre ma cachette dans les fougères. Je tentai de minimiser le son de ma respiration et d’écouter le plus attentivement possible et jusqu’au détail le plus fin tous les bruits des alentours. La bête se déplaçait dans ma direction. Des branches craquaient sous ses énormes pattes. Il n’y avait plus d’oiseaux, plus de lièvres ni d’écureuils : tous avaient fui. Seuls quelques maringouins entravaient ma concentration. <br />
<br />
Enfin, je l’aperçus et je pus le contempler quelques secondes. Je retins complètement mon souffle, envahi d’un effroi  qui se multipliait avec les secondes qui passaient. Il se déplaçait sur ses massives pattes postérieures, recouvertes d’un pelage noir, et devait faire environ dix pieds de hauteur. Son torse était dégarni et exhibait une chair rosée. Sa tête n’était pas celle d’un monstre, mais ressemblait plus à celle d’un homme hideux dont la colère aurait ravagé les traits. Je le vis rugir avec puissance : il avait détecté mon odeur.<br />
Un maringouin se posa sur ma paupière droite et y enfonça son dard. Je ne pus retenir ma main qui l’écrasa d’un geste vif, mais bruyant. C’est donc  mon œil gauche qui eut droit au supplice de croiser l’insoutenable regard de l’Ourhomme. <br />
<i><br />
À suivre…</i><br />
<br />
<a href="http://www.robinmatte.com/index.php?itemid=62">Lien vers l'Épisode 1</a>]]></description>
 <category>Textes</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=63</comments>
 <pubDate>Fri, 11 Jul 2008 21:04:38 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>L&apos;Ourhomme - Une improbable histoire de chalet - 1</title>
 <link>http://robinmatte.com/index.php?itemid=62</link>
<description><![CDATA[<b>Épisode 1:</b><br />
<br />
La semaine venait de se terminer par une idée lumineuse : repeindre le chalet en rouge pétant. Les plans changèrent lorsque Mario revint de sa promenade amoureuse en forêt tout ensanglanté et nous informa hors d’haleine et en proie à une sévère panique qu’Anne avait été dévorée par quelque espèce de monstre mi-homme mi-ours. L’oncle Léo se porta volontaire pour amener les enfants à la pêche, leur épargnant les atroces cris de douleur et de désespoir du pauvre Mario.<br />
<br />
Les ambulanciers prirent grand soin du blessé et les policiers interrogèrent les membres de la famille. L’histoire du monstre ne les impressionna pas et l’associèrent à un délire hallucinatoire provoqué par le choc de l’événement. Il s’agissait sans doute d’un ours. Quelques heures plus tard, l’oncle Léo revenait de la pêche avec l’inquiétude la plus évidente au visage. Le petit Olivier, qui ne se doutait de rien, avait pris un achigan de quatre livres. On l’informa que son papa et sa maman avait eu un accident grave et qu’ils étaient à l’hôpital.<br />
<br />
En vérité, le corps d’Anne ne serait jamais retrouvé. Mario ne démordit jamais de sa version des faits. Il y avait dans cette forêt une créature qui n’était pas de ce monde. Mais le dossier était clos. Un ours avait dévoré Anne. Point final. Et le chalet ne serait jamais repeint en rouge.<br />
<br />
C’est plutôt en jaune que je décidai de colorer le chalet dont la condition, depuis l’accident neuf ans plus tôt, s’était beaucoup détériorée. J’avais acheté la place du vieux pépère Moreau à son décès quand ses enfants Mario, Léo et Anita (ma belle-mère) avaient décidé de s’en défaire. Seul Léo l’utilisait depuis l’accident et sa condition de santé ne lui permettait plus d’aller à la pêche bien souvent. Quant à Mario, il craignait bien sûr une nouvelle apparition de l’Ourhomme (ainsi la « créature » avait été baptisée). C’était un merveilleux petit chalet, entouré de conifères, tout près d’une petite plage naturelle. Il n’y avait pas d’électricité. Il fallait s’éclairer à la chandelle et faire cuire la nourriture sur un ancien poêle. Exactement ce dont j’avais besoin pour décrocher, pour oublier l’ordinateur, le cellulaire et l’hebdomadaire concert de tondeuses de la banlieue.<br />
<br />
Nous étions partis en quadricycle, mon fils Maxime et moi, afin de repérer le petit lac que la carte topographique des environs révélait. Pour y parvenir, il fallait laisser le quad sur le sentier, monter une petite montagne à pied puis redescendre l’autre versant. Du sommet, déjà, il était possible d’apercevoir le petit lac, à une centaine de mètres plus bas. Maxime insista pour aller voir le lac de près et nous entreprîmes notre descente.<br />
<br />
Le lac s’atrophiait, lentement dévoré par les bouleaux et la tourbière, mais le paysage était féérique. Pourtant une étrange aura de mystère enveloppait l’endroit. A peine arrivé, je repérai une carcasse d’orignal, tout près de l’eau. Nous nous approchâmes et je remarquai que la carcasse était toujours saignante. L’animal avait été blessé par un coup de patte griffée et son flanc en portait la marque. Je fus saisi de frousse en constatant que l’animal ne dégageait pas d’odeur, que l’orignal avait été selon toute évidence récemment blessé, probablement dans les dernières heures ou même dans les dernières minutes.<br />
<br />
Les ours noirs aiment bien chasser l’orignal, au moins autant que l’homme, mais les histoires de mon beau-frère obsédaient mon esprit et l’idée d’être à proximité d’un ours en compagnie de mon fils me déplaisait hautement. Je pris tout de même le temps de sortir mon appareil photo et de photographier la scène. Je fis ensuite signe à Maxime de garder le silence et de remonter la montagne. Max amorça l’ascension, moi derrière. Il contrôla sa peur remarquablement et nous atteignîmes le sommet de la montagne en moins de temps qu’il n’en avait fallu pour la descendre.<br />
<br />
Nous entendîmes un impressionnant rugissement, comme s’il eut été produit par un dragon. Nous fûmes soudainement submergés de terreur. Je m’emparai de Maxime et je courus en direction du quad aussi vite que je le pus. J’évitais les arbres et les roches et pensais trébucher à tout instant, mais l’adrénaline faisait de moi un véritable athlète olympien. Au moment où nous arrivions près du quad, nous entendîmes un second rugissement, plus clair, plus près, et j’entendis les arbres se fracasser. L’ours approchait. Je déposai Maxime sur le siège et j’embarquai à cheval sur le motorisé. Je démarrai le quad. Il me fallait le retourner avant de fuir. Je reculai juste assez pour me donner l’angle nécessaire pour virer le véhicule dans l’autre sens du sentier, mais en voulant accélérer, la roue arrière se mit à tourner dans la boue. Un troisième rugissement se fit entendre, cette fois-ci beaucoup plus court, mais beaucoup plus près. « Maxime, tu dois appuyer sur l’accélérateur pendant que je pousse derrière, ok? ». Il prit ma place et je me mis à pousser aussi fort que je le pus. Le quad rembarqua finalement sur le sentier, faisant face à la bonne direction, et je courus rapidement afin de le rattraper. Maxime reprit sa place derrière et moi au volant et au même moment apparaissait à quelques mètres derrière nous une gigantesque et rageuse créature chimérique qu’il m’était impossible de cogiter sans être submergé par la peur. J’appuyai aussitôt sur l’accélérateur et nous échappâmes de peu à un puissant coup de patte, qui frôla tout de même le véhicule, suffisant à le faire dévier de sa trajectoire momentanément. Puis, nous nous enfonçâmes dans le sentier et nous semèrent rapidement l’effrayante bête.<br />
<br />
Les policiers se souvenaient du dossier Mario et Anne Moreau. Ils étaient fascinés par nos déclarations, mais semblaient dubitatifs et n’osaient prendre parti. C’est lorsque je leur montrai le cliché de la carcasse trouvée près du lac que les traits de la mystification apparurent sur leurs visages. La blessure ressemblait à celle qu’un ours aurait pu infliger, seulement elle était démesurée et couvrait presque l’entièreté du corps de l’orignal. Ils allaient expédier la photo au laboratoire et ouvrir une enquête en tenant compte des événements passés. La description de la créature que Maxime avait fournie concordait à quelques éléments près à celle que Mario avait produite neuf ans plus tôt.<br />
<br />
Il était environ minuit lorsque nous sortîmes du poste de police. Il nous était impossible de regagner la ville à cette heure, et malgré les désirs de Maxime, nous dûmes passer la nuit au chalet. Maxime semblait effrayé par toute cette histoire, mais se contrôlait avec la même force que sa mère. De mon côté, je n’arrivais pas à chasser l’image de l’Ourhomme. Qu’était cette créature? Que faisait-elle dans les montagnes environnantes? Étions-nous vraiment en sécurité dans notre chalet ou fallait-il craindre que l’Ourhomme n’approche les habitations humaines?<br />
<br />
Au petit matin, je fus réveillé par le bruit d’un hélicoptère qui se posa sur le lac. Un type à la carrure imposante en sortit et se présenta à moi :<br />
« Karl Pitts, de la CIA, j’ai quelques questions à vous poser. »<br />
<br />
... à suivre ...]]></description>
 <category>Textes</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=62</comments>
 <pubDate>Sat, 5 Jul 2008 10:57:53 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>OM</title>
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<description><![CDATA[La lumière est toujours devant, le temps est toujours derrière.<br />
<br />
RM]]></description>
 <category>Éclairs</category>
<comments>http://robinmatte.com/index.php?itemid=61</comments>
 <pubDate>Fri, 27 Jun 2008 22:47:57 -0400</pubDate>
</item><item>
 <title>Apprendre</title>
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<description><![CDATA["Si tu me le montres, je le verrai<br />
Si tu me le dis, je l'entendrai<br />
Si tu me le fais vivre, je l'apprendrai."<br />
<br />
Lao-Tseu (6e siècle avant Jici)<br />
<br />
<br />
De façon générale, dans nos universités, on voit beaucoup de chiffres et de lettres, on entend beaucoup de théories et d'idéologies, mais qu'expérimente-t-on, sinon rester assis, écouter un bureaucrate parler et prier les aiguilles de l'horloge de nous libérer au plus vite?<br />
<div style="text-align: center"><br />
<a href="http://robinmatte.com/media/1/20080616-ta_lao-tzu_08.jpg">Lao-Tzu</a></div>]]></description>
 <category>General</category>
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 <pubDate>Mon, 16 Jun 2008 15:17:54 -0400</pubDate>
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